L'adolescence est une phase de transition dans la vie humaine, entre l'enfance et l'âge adulte. Cette période est marquée par des changements aussi bien physiques (puberté, accélération de la croissance,…) qu'affectifs (modification de la vie relationnelle,…) et psychiques (acquisition progressive de l'autonomie, recherche identitaire,…).
Cette période de la vie a eu tendance dans nos sociétés occidentales, à s'allonger au cours des dernières décennies. Souvent définie comme une "crise", l'adolescence est une étape où les déséquilibres prévalent souvent sur l'équilibre du fait des nombreux bouleversements qui interviennent tant sur le plan biologique, affectif que psychique. Les chinois, maîtres dans l'art du symbole, utilisent deux signes pour écrire le mot crise, un premier qui signifie "danger" et un second qui signifie "chance nouvelle".
Mais qu'en est-il de cette dialectique quand l'irruption d'une pathologie comme le cancer vient considérablement alourdir le danger et réduire les perspectives de "chance nouvelle" ? Comment résister à la violence de la maladie et des traitements quand l'équilibre initial est plus fragile ? Comment continuer de se construire quand la pathologie masque l'avenir et projette le sujet dans un besoin de régression pour retrouver de la sécurité ? Comment préserver de l'autonomie quand les traitements et leurs effets obligent à tant de dépendance ? Comment entrer en relation avec ses pairs si important à cette période, quand l'isolement est une prescription vitale ? Comment bâtir un projet de vie quand le présent frôle la mort ? Et quand la tempête est passée et que reste le souvenir de sa capacité dévastatrice, comment se réinscrire progressivement dans une dynamique de vie ?
Toutes ces questions appellent des réponses multiples et individuelles. Mais s'en saisir doit être pour tous les soignants l'occasion de réfléchir ensemble à l'accueil et à l'accompagnement des adolescents et jeunes adultes que nous recevons. Les particularités de l'adolescence, étape de transition, se retrouvent bien dans nos structures hospitalières où les adolescents n'ont plus tout à fait leur place dans les services de pédiatrie (souvent plus équipés pour l'accueil des plus jeunes enfants) et pas encore dans les services adultes où ils se trouvent trop vite confrontés à la réalité de personnes beaucoup plus âgées.
Ce congrès doit enrichir nos représentations de ce que vivent les adolescents et les jeunes adultes atteints de cancer pour optimiser nos pratiques de soins, pour anticiper et minimiser les effets secondaires de la maladie et des traitements, pour prévenir les conséquences à moyen et long terme sur des sujets en devenir.